06/10/2005

Quand le palpitant se barre en couille

Mon cœur ? A plus cœur. Je l’ai cassé comme un enfant trop gâté. Ou il s’est cassé. Non, la vérité c’est que je l’ai agrippé et fracassé contre mon front. Mais non, mais non, ça fait pas si mal... Bon, ok, c’est bien pour te faire plaisir. Passe-moi de la colle. Ca va où ça ? Ah tiens. Ah non, c’est pas là qu’il était. Je l’ai remonté, mais il ressemble plus à rien. Il risque de fonctionner de travers. Regarde, ça ça va pas là du tout ! C’est pas grave, on va le laisser comme ça. Attends je vais essayer de le remettre. Ah, AAh, AAAhn. Pfiouuu ! Ca fait mal quand même, bordel. Je t’avais dit qu’il fonctionnerait mal. Ca bat dans ma poitrine, mais durement par à-coups irréguliers. Ca monte, ça descend. Aïe, aïe, aïe. T’as vu, j’ai la main qui tremble. Bon, je l’enlève et je le pose là dans un coin. Je vais peut-être le foutre à la poubelle...


Mes sentiments ? A plus sentiments. Elle a joué avec, s’est amusée d’eux. Une fois fixés, elle les a pris et les a balancés dans la rue. Marre. Plus envie d’être fort. Plus envie d’être beau. Plus envie d’être drôle, intelligent, gentil. Envie de pleurer. De me faire mal. Casser ce corps. Vaincre le mal par le mal, c’est ce qu’on dit non ?Que les douleurs physiques me fassent oublier la douleur intériure...


Laissons place aux textes un peu.

Des rais de lumière rendent visibles un gris qui est intrus dans l’air. De plus en plus, cette couleur s’intensifie et semble presque palpable. Cette substance légère devient un mur qui obstrue ma vision. Il s’apparente bientôt à un linge léger qui dévoile des formes floues derrière lui. Il se déchire lentement sans heurt. Ses lambeaux forment des animaux fantasmagoriques aux contours sans cesse changeants. Oiseaux majestueux qui dévoilent leurs ailes dans un pur silence, dragons crachant du feu sans chaleur dans ce ciel aux nuages de fumée que je dissipe dans un souffle. L’odeur de tabac est le souvenir de cet instant éphémère et me prouve que je n’ai pas rêvé ces métamorphoses comme Maupassant n’a pas rêvé son Horla.



Le saké est de mauvais goût aujourd’hui. Le liquide, habituellement chaud et agréable comme du lait, est froid, même à la température de mon corps. Il s’écoule rapidement, jusqu’au cœur et le gèle. Celui-ci brûle dans un ultime soubresaut d’orgueil. Je ne l’entends plus dans son apathie. Je ne veux même pas écouter ses derniers mots. Le saké est de mauvais goût ce soir. S’étant chauffé auprès de mon cœur, il brûle mes entrailles et les tord en tous sens. Je le contiens tant bien que mal, pour cette douleur qu’il m’apporte et me fait me sentir vivant, étant donné que mon palpitant n’opère plus aucun mouvement. Des entrailles, il rebrousse chemin. Il monte à la tête, devient le seul occupant de cette cavité qu’il creuse. Il creuse et creuse. Si profondément, jusqu’à mon âme. Acculé jusque là par mon ennemi, je me livre. Le voilà qu’il sait tout de moi, Le voilà qu’il boit mes paroles, le voilà. Du coin le plus sombre de mon âme, endroit que je ne soupçonnais même pas d’exister, j’entends quelques notes s’assembler pour se fondre en une mélodie. Elle ranime mon cœur en même temps qu’elle soigne mes douleurs. Le saké coule encore, redevenu chaud et agréable. Il est de bon goût cette nuit et me fait coucher l’esprit plus léger.